L’IA ne va pas tuer les développeurs : elle va tuer le logiciel

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On s’inquiète souvent de savoir si l’Intelligence Artificielle va remplacer le développeur. C’est pour moi une erreur de perspective. L’IA ne menace pas l’artisan que je suis, elle menace l’objet même de mon travail : le logiciel.

Aujourd’hui, nous utilisons l’IA pour construire l’outil qui fera le job. Demain, l’IA fera le job directement. Entre les agents autonomes, le protocole MCP (Model Context Protocol) et la numérisation totale de nos échanges, les pièces d’un puzzle géant s’assemblent pour rendre l’interface logicielle obsolète.

La leçon de l’histoire : l’exemple du comptable

Pour comprendre ce qui attend la tech et les activités numériques en général, il faut regarder le métier de comptable.

J’ai commencé ma carrière, tout jeune informaticien, par former des comptables à l’utilisation des premiers logiciels de comptabilité (comme Saari sous Apple II,😉). À l’époque, l’informatique n’était finalement qu’un nouveau support : on passait du papier à l’écran, mais il fallait toujours être comptable pour manipuler l’outil.

Puis, trois vagues ont tout changé :

  1. L’Intégration avec l’arrivée des ERP (90’s et 2000’s) : Les modules logiciels, jusqu’alors isolés, ont commencé à se parler. Les achats commandait à la trésorerie de déclencher le paiement du fournisseur. La facture générait automatiquement l’écriture. Le comptable « saisisseur » a disparu.
  2. L’Ouverture (2000’s 2010’s) avec le déploiement d’un internet haut débit permanent et des pratiques EDI qui se normalisaient : Les systèmes d’entreprises différentes ont fusionné leurs flux. Plus besoin d’humain pour faire l’interface entre le fournisseur et son client.
  3. La numérisation généralisée des processus (2020’s), avec des paiements électroniques qui se banalisent – poussés par la crise Covid – , une réglementation européenne (DSP2) qui fait tomber les derniers bastions (les banques avec l’open-banking). La transaction est ainsi captée à la source, codifiée et contrôlée sans intervention humaine.

Résultat ? Ce n’est pas l’IA qui a « tué » le comptable traditionnel, c’est l’intégration numérique de sa matière première : la transaction.

Pourquoi le codage est le prochain sur la liste

Ce schéma est en train de se dupliquer sur le métier de développeur.

Oubliez le « vibe coding » — cette idée que l’on va coder sans savoir coder. La vraie rupture est plus profonde. Pourquoi s’échiner à développer, maintenir et debugger un logiciel de gestion complexe quand une IA interconnectée peut traiter directement les flux ?

Si vous donnez à une IA des données entrantes, des objectifs et un accès au monde réel (via des agents), elle produit le résultat final sans passer par la case « interface utilisateur » ou « architecture logicielle classique ».

Le logiciel était un mal nécessaire : un pont rigide entre une donnée brute et un besoin métier. Si l’IA peut traiter la donnée et satisfaire le besoin en temps réel, le pont s’écroule.

Vers la fin de l’outil

Nous sortons de l’ère de l’outil (le moyen) pour entrer dans l’ère du but (le résultat). Le développeur de demain ne sera peut-être plus celui qui écrit des instructions pour demander à une machine de faire un travail, mais celui qui orchestre des intelligences pour qu’elles se passent de programmes.

On dira que nous en sommes loin. Mais au rythme où vont les choses, « loin » pourrait bien être demain matin.

PS : évidemment, en toute transparence, cet article a été écrit par votre serviteur mais depuis retouchée par l’IA…

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